EVE.

Auteur : Carina Rozenfeld
Editeur : Syros
Parution : Juin 2017
Pages : 381


RESUME :

Elle s’appelle EVE. Elle n’a aucune idée de son apparence. Elle ne ressent rien. Et pourtant le monde n’a pour elle aucun secret, parce qu’elle le perçoit à travers les yeux de millions d’êtres humains. 24 h sur 24, elle assiste à leur quotidien. Son rôle ? Surveiller la population et signaler en temps réel les crimes et les délits. EVE est infaillible… jusqu’au jour où elle assiste à l’agression de la jeune Eva Lewis sans parvenir à identifier le coupable. Pour comprendre ce qui s’est passé, EVE investit à l’insu de tous le corps d’Eva. Et découvre le plaisir grisant de la vie réelle.
   

CHRONIQUE :

( 18 Décembre 2017)
 

Carina Rozenfeld nous est revenue en Juin avec un nouveau roman Young Adult qui se penche sur le sujet des intelligences artificielles.


J’avoue que le sujet IA / Réalité virtuelle m’attire toujours beaucoup. Nous sommes souvent dans de l’anticipation, avec des intrigues qui sont d’une crédibilité troublante, pour ne pas dire effrayante.


Dans ce roman, un stand alone, nous allons rencontrer EVE, une IA en charge de la sécurité à Citypolis. Elle est l’une des 20 IA de cette ville. Son rôle ? Signaler crimes et délits en temps réel. Ses capacités ? Celles de voir à travers vos yeux, grâce à la puce que l’on vous a implantée près du cerveau. Ainsi rien ne lui échappe, et les preuves sont irréfutables. La police a disparu, remplacé par des AII, des Agents d’Intervention Immédiate, qui agissent dès le début des crimes grâce aux EVEs.


"Je m'appelle EVE.

Je suis.
C'est tout ce que je sais de moi. Je ne vois rien, je n'entends rien, je n'ai pas de sensations, je n'éprouve aucune émotion. Je n'ai aucune idée de mon apparence, de la façon dont je suis née, de qui m'a créée.
Pourtant, le monde n'a aucun mystère pour moi, parce que je le perçois à travers les yeux de millions d'êtres humains."


Pourtant, un jour, le système de protection de la ville va montrer une faille. En effet, l’assassinat d’une jeune femme nommée Eva Lewis va rester un mystère. Le tueur n’apparait pas sur les images de l’IA. Troublée, cette dernière décide d’investir provisoirement le corps de la défunte. Pour les besoins de l’enquête. Mais avoir un corps, connaître des sensations physiques tels le vent sur la peau ou les aliments dans la bouche, vont éveiller chez l’IA d’étranges réactions : des émotions.


J’ai beaucoup aimé plonger avec EVE dans cette enquête. Alors, en elle-même, cette enquête est loin d’être renversante malgré un ou deux twists bien sympathiques. Mais au fond, ici, ce qu’on attend vraiment, c’est de voir l’évolution de Eve.


Car son personnage est à mon sens, une réelle réussite. Carina Rozenfeld a su prendre beaucoup de recul sur nos acquis, nos reflexes, pour nous rappeler à quel point le ciel est beau et immense, à quel point le goût des aliments peut être magique, à que point l’eau qui coule peut-être agréable sur la peau… De par son côté IA, Eve ne connait rien de la vie et présente une innocence fraîche et bienvenue. Sa candeur, tout à fait crédible au vu de qui elle est, a été très agréable à suivre, d’autant que cette personne en devenir est particulièrement gentille. Et, notons-le, cette gentillesse va au-delà de sa programmation (d’ailleurs elle n’est pas programmée pour ressentir les émotions et donc de la subjectivité). C’est un personnage à la fois charismatique et original à suivre, en constante évolution.


J’ai tellement aimé l’idée de base de l’auteur que je regrette presque que ce soit un tome unique. En effet, j’aurais aimé en avoir plus, plus d’enquêtes, plus d’approfondissement aussi, tellement l’univers m’a plu.


Evidemment, comme souvent dans ce type de roman, nous abordons surtout la notion de liberté, d’intimité. Car en effet, de nos jours, avec les réseaux sociaux, les satellites et les innombrables caméras, difficile de savoir si nous sommes réellement libres. Alors où s’arrêter quand la sécurité et la liberté se retrouvent en concurrence ?


Concernant le rythme, ce livre étant assez court, il ne s’essouffle pas le moins du monde. Comme je le disais, il aurait même pu être plus étoffé. La capacité d’Eve à passer de la machine à l’humain est très intéressante et pleine de potentielle, et j’aurais aimé qu’elle soit encore plus exploitée.


"Dès que Damian fut parti, je mis Eva au lit et la quittai momentanément pour retourner dans mon univers virtuel et aseptisé. J'étais restée beaucoup trop longtemps dans mon corps humain et, en plus, il s'était passé trop d'événements. Je craignais le pire "en rentrant". Et je ne me trompais pas."


En résumé, ce livre mélange habilement enquête policière et quête d’identité, le tout sous la plume toujours aussi délicate et sensible de Carina Rozenfeld.